Nuts c’est le 5ème long métrage auquel prend part Alexandra Kahwagi, après A Perfect Day de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, Yanoosak d’Elie Khalifé, Round Trip, une production franco-syrienne de Mayar al-Roumi et Film Kteer Kbir de Mir-Jean Bou Chaaya. «Chaque personnage est différent, même si je me retrouve un peu dans chacun, dit-elle. J’ai cependant envie de camper un rôle qui ne me ressemble pas, pour hausser la barre, pour me lancer un défi.» Décision prise, fin mars, direction Los Angeles pour des cours intensifs d’actorat suivant la méthode d’apprentissage de Lee Strasberg qui consiste à pousser l’acteur vers sa propre histoire pour pouvoir construire le personnage. «Je le fais intuitivement déjà sans l’apprendre mais il me manque les techniques.»
Passionnée de mathématiques et de physique, elle entame des études de «Computer Communication Engineering» qu’elle laisse tomber pour des études en audiovisuel. L’envie de jouer est plus forte, parce que depuis qu’elle a 13 ans, elle joue (publicités, courts et longs métrages). Round Trip, se rappelle-t-elle, «c’est le premier film où j’ai vraiment senti le défi dans le jeu; deux protagonistes dans une sorte de huis-clos. C’était lourd à tenir à l’époque, mais une expérience enrichissante qui m’a permis de comprendre la responsabilité d’acteur.»
Une responsabilité qu’elle assume toujours jusqu’au bout, au-delà des problèmes surtout financiers que cela pose. «Au Liban, on ne peut pas vivre de l’actorat, sans faire beaucoup de concessions. Or c’est seulement là, où je n’ai pas envie d’en faire.»
Un public, ça s’initie
«Tous les rôles que j’ai interprétés, j’en suis convaincue. Je ne cherche pas à devenir une figure médiatique, je veux juste faire ce qui m’intéresse. Si on ne se connaît pas, si on ne fait pas face à ses angoisses et à ses peurs, on n’arrive pas à faire ressortir ces propres émotions.» C’est donc pour cela qu’elle veut aller au-delà des rôles qu’on lui propose qui correspondent souvent à une image bien précise, celle de la femme libre, indépendante, «qui n’a pas de problème à embrasser à l’écran», ajoute-t-elle en riant. Avant de poursuivre aussitôt, «si on me propose un rôle qui m’intéresse et que je me laisse décourager à cause des tabous, je me sentirais vraiment hypocrite. Un acteur se doit de représenter la réalité d’une manière aussi intégrale que possible… On me regarde de travers, on me critique, mais bon, si c’est le prix à payer pour rester fidèle à ma conception du métier d'actrice, je n’ai pas de problème! Au contraire même. Je n’ai pas encore atteint mes limites, je ne connais pas mes propres limites, mais quand je suis convaincue je le fais.»
Dans ce prolongement justement, elle estime que «le cinéma libanais est sur la bonne voie, avec beaucoup de productions, beaucoup de jeunes réalisateurs talentueux. Le grand problème évidemment reste le manque de fonds. Or, pour que les investisseurs aient confiance, il faut travailler à un niveau international, exporter les films libanais davantage pour toucher un plus grand public.»
Et le public libanais? «Un public ça s’initie. Je crois que plus on projette des films qui ressemblent à ce qui se fait actuellement, plus le public acceptera et comprendra le cinéma. Ici, ce sont surtout les blockbusters étrangers et libanais qui marchent, les films d’auteurs indépendants ont du mal. Et c’est désolant, donnez-leur au moins une chance, ne serait-ce que pour encourager l’industrie locale.»
N.R.








