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Corset

Cadolle Corset, Cadolle Haute Couture modele. © Cadolle Cleve, dentelle chantilly.

Le retour du corset, Un corps d’acier dans un habit de velours

Il s’est longtemps imposé aux femmes comme un outil de maintien mais l’évolution des mœurs au XXème siècle l’a supprimé des garde-robes. Pourtant, avec ses baleines contraignantes et son laçage évocateur, le corset subsiste dans notre imaginaire et détermine toujours une ligne idéale. Il connaît aujourd’hui un retour en grâce auprès des créateurs et des clientes qui ne jurent que par sa modernité. Les uns comme les autres l’évoquent alors en termes choisis, quoique inattendus: confort, bien-être, choix, liberté…!

Avant d’être un accessoire de mode ou un instrument de torture, le corset est une expérience. Pour le comprendre, il faut l’essayer. Poser contre soi la carcasse rigide et soyeuse qui épouse le buste et laisser un complice croiser les lacets dans votre dos, jusqu’à ce que le torse semble se désolidariser des hanches, l’un chassé vers le haut et les autres vers le bas. «Un sentiment d’étreinte de plus en plus vive et précise, mais empreinte d’une sensualité mystérieuse, décrit le créateur Hubert Barrère dans son ouvrage «Le Corset»(1). Puis cette impression que votre buste ne vous appartient plus mais appartient (au corset)… Lacé, il révèle et se révèle, magnifie et sublime votre corps comme votre être qui le porte. Et le nœud final et serré, paradoxalement il vous rend libre.» Tout est dit. Et surtout l’ambivalence d’un objet capable d’évoquer la contrainte et la douceur satinée, la soumission comme la liberté, et de susciter la réticence alors qu’il promet la beauté. Le corset a traîné cette ambivalence au fil des siècles, apparaissant d’abord comme un signe extérieur de vertu austère puis comme un symbole d’érotisme. «Aujourd’hui, son image reste parasitée parce qu’internet associe spontanément à l’occurrence «corset»: des photos de corsets de fétichistes, d’adeptes SM, en cuir, forcément sexy», regrette Blandine, fondatrice de la marque de corsets «Moi Créations», bien que le fétichisme ne constitue qu’un minuscule marché pour les créateurs qui participent depuis une quinzaine d’années au renouveau du corset.

Valérie Appert